
« La France libre, c’est le petit village gaulois casse-pieds qui résiste » annoncé par Le Point le
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Ceci a été diffusé par Le Point
Signature Kévin Badeau.
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Titre exacte donné par le journal était: « La France libre, c’est le petit village gaulois casse-pieds qui résiste »
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Dans une interview au « Point », l’historien Sébastien Albertelli décrypte les symboles derrière le nom du futur porte-avions français.
Les noms de baptême font toujours l’objet de commentaires plus ou moins enthousiastes. Celui de France Libre, attribué au futur porte-avions français de nouvelle génération appelé à entrer en service en 2038, n’échappe pas à la règle. Ce choix d’Emmanuel Macron, dévoilé mercredi 18 mars sur le site de Naval Group à Indret (près de Nantes), surprend de nombreux observateurs.
Beaucoup s’attendaient à ce que ce bâtiment de 310 mètres de long et déplaçant 77 000 tonnes emprunte un grand nom de l’histoire politique et militaire française, comme pour ses trois prédécesseurs Clemenceau, Foch et Charles de Gaulle. Comme à son habitude, le président de la République a créé la surprise en rompant avec la tradition, tout en s’inscrivant dans la filiation du général de Gaulle, fondateur du mouvement de résistance « La France libre » pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dans une interview au Point, l’historien Sébastien Albertelli, qui en est un grand spécialiste, analyse ce choix.
Le Point : Le France Libre s’inscrit dans la filiation de Charles de Gaulle. Que pensez-vous de cette référence ?
Sébastien Albertelli : La filiation relève effectivement de l’évidence historique : la France libre n’aurait pu voir le jour, ni même subsister, sans l’impulsion et la détermination de son chef. Pour autant, les Français perçoivent peut-être davantage de Gaulle comme un responsable politique ayant gouverné jusqu’en 1969, après une longue éclipse, que comme le leader d’un mouvement appelé « La France libre ».
À l’expérience, on constate parfois une confusion : le mouvement France libre ne parle pas immédiatement à tous les Français et n’est pas toujours associé à l’épopée de la Seconde Guerre mondiale. On le confond parfois avec la « zone libre », c’est-à-dire l’exact opposé à savoir la France dirigée par Vichy. Le choix du président Macron, bien qu’il suscite interrogations et commentaires, est finalement une bonne chose, car cela permet de faire preuve de pédagogie sur ce qu’était la France libre et sur ce qu’elle a apporté à notre histoire.
Ce nom est aussi un symbole de résistance. Pensez-vous, comme le président, que « l’esprit français est un esprit de résistance » ?
Je pense que c’est une approche volontariste. Évidemment, de Gaulle a voulu penser les choses ainsi : pour lui, la France doit impérativement résister. À partir du moment où l’on pose ce principe, la seule attitude noble et conforme à l’histoire de France devient celle de la résistance. Mais historiquement, si l’on regarde les faits, on ne peut pas affirmer que la France ait, en soi, un esprit de résistance. Pendant l’Occupation, la Résistance a d’abord été le fait d’une minorité, avant de s’élargir progressivement, dans une population qui n’était pas majoritairement résistante au départ.
Il n’est pas certain que ce nom n’éveille que de bons souvenirs pour nos alliés.
Jean Moulin, Jeanne d’Arc ou encore Richelieu semblaient aussi en lice pour baptiser le nouveau porte-avions. Qu’en auriez-vous pensé ?
Je n’ai pas d’opinion particulière sur les autres noms possibles, mais je remarque un choix intéressant : celui d’un mouvement collectif plutôt que d’une personnalité. En préférant France Libre à Jean Moulin, Richelieu ou Jeanne d’Arc, on prend de la hauteur. On choisit ainsi de mettre en avant une phase précise et un élan collectif de l’histoire de France.
Est-ce aussi une façon de tendre vers un idéal ?
La France libre figure comme l’un de nos héritages positifs, alors que le passé de la France fait l’objet de batailles perpétuelles. Comme le rappelait Jacques Chirac dans son discours du Vel d’Hiv en 1995, notre récit national comporte des pages dont nous n’avons aucune raison d’être fiers, et d’autres qui forcent l’admiration. La France libre appartient incontestablement à ces dernières.
Le nom d’un porte-avions est aussi un message envoyé au reste du monde, aussi bien aux alliés qu’aux ennemis. Que leur dit le France libre ?
Il n’est pas certain que ce nom n’éveille que de bons souvenirs pour nos alliés. On oublie parfois que les relations entre la France libre, Winston Churchill, alors Premier ministre britannique, et surtout Franklin D. Roosevelt, président des États-Unis, ont été extrêmement difficiles. Pour certains de nos alliés, la France libre, c’est le petit village gaulois casse-pieds qui résiste, celui qui refuse de s’avouer vaincus, sans avoir les moyens pour autant de changer seul la face de la guerre. De Gaulle et les Français libres étaient exigeants, très à cheval sur le respect dû à la France alors que leur contribution militaire concrète était extrêmement faible.
Une expression dit que de Gaulle « a fait monter la France en première classe avec un billet de seconde classe »…
Le fait est que de Gaulle, à la tête de 60 000 hommes tout au plus, avait la prétention d’incarner la France – et il a réussi à tordre le bras des alliés. À la fin, ils le reconnaissent comme un allié à part entière et la France comme l’une des puissances victorieuses. Mais Churchill et de Gaulle, en particulier, entretenaient des relations assez mauvaises : le Britannique craignait que le Français ne complique ses rapports avec Roosevelt, même s’il lui vouait une forme d’admiration.
Ce nom pour un porte-avions, emblème de la Marine nationale, trahit-il aussi une vision du monde dans laquelle la liberté française serait menacée ?
La France libre, c’est l’affirmation de la souveraineté face au régime de Vichy, inféodé à une puissance étrangère. Cette souveraineté, le général de Gaulle la revendique aussi face aux Alliés. C’est donc, incontestablement, un message d’affirmation nationale. Aujourd’hui, le besoin de réaffirmer cette souveraineté est réel, que ce soit vis-à-vis d’adversaires futurs ou face au changement d’attitude géopolitique des États-Unis. Le choix de ce nom souligne la volonté d’affirmer son indépendance envers tout le monde : alliés comme adversaires potentiels.
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Bibliographie :
Histoire de la France.,Cliquez sur ce lien .
La france des caïds.,Lien sur la fiche de présentation. A emprunter en bibliothèque.
Réinventer la France.,L’ouvrage .
